La Grammaire de la proximité
Le développement des analyses de la proximité a donné lieu, depuis le début des années 90, à une pluralité de définitions des formes de proximité, qui s’articulent toujours autour de deux dimensions : spatiale et non spatiale. J’ai consacré de nombreux travaux, dont l’édition d’un Handbook, à ce sujet. Comme de nombreux auteurs, je me réfère à deux catégories de proximités, respectivement nommées proximité géographique et proximité organisée (Torre et Gallaud, 2022, Torre & Wallet, 2014).
La proximité géographique traduit la distance kilométrique entre deux entités (individus, organisations, villes…), pondérée par le coût temporel et monétaire de son franchissement. Elle est binaire : il existe d’infinies graduations (plus ou moins loin de, plus ou moins près de) mais l’examen de la proximité géographique a in fine pour objet de savoir si on est « loin de » ou « près de ». Elle est également doublement relative. 1) la distance géographique, qui fonde le partage entre proximité et éloignement, est relative aux moyens de transport et à la topologie des lieux. On pondère la distance kilométrique par le temps et/ou le coût de transport. 2) La proximité n’est pas qu’une donnée objective. Elle procède en dernier ressort d’un jugement porté sur la nature de la distance géographique. Or cette perception est variable selon l’âge, le groupe social, le sexe, la profession. Enfin, la Proximité Géographique peut être Permanente ou Temporaire. Dans ce dernier cas, l’espace compte, mais sous la forme de rencontres ponctuelles. La Proximité Géographique Temporaire correspond à la possibilité de satisfaire le besoin de contacts de face à face, grâce aux déplacements des acteurs entre différentes localisations, déplacements limités dans le temps.
La proximité organisée est d’essence relationnelle. Elle concerne la capacité qu’offre une organisation de faire interagir ses membres, de rendre ces interactions plus faciles qu’avec l’extérieur. Deux raisons majeures l’expliquent. 1) l’appartenance à une organisation se traduit par l’existence d’interactions entre ses membres. C’est la logique d’appartenance : deux membres d’une organisation sont proches l’un de l’autre parce qu’ils interagissent et que leurs interactions sont facilitées par les règles ou routines de comportement (explicites ou tacites) qu’ils suivent. 2) les membres d’une organisation peuvent partager un même système de représentations, ou ensemble de croyances, et les mêmes savoirs. Ce lien social est principalement de nature tacite. C’est la logique de similitude de la proximité organisée. Deux individus sont dits proches parce qu’ils « se ressemblent », i.e. partagent un même système de représentations, ce qui facilite leur capacité à interagir.