Les processus de Développement territorial
Nous définissons le développement territorial comme une amélioration du bien-être et de la richesse des acteurs du territoire, compte tenu de leurs relations de concurrence et de coopération, de leurs initiatives et de leurs oppositions, et de la dynamique des innovations territoriales.
Il concerne avant tout des aires géographiques de taille restreinte, rejoignant ce que l’on a longtemps appelé le développement local. Le territoire est une réalité biophysique (un bassin versant) ou institutionnelle (territoires de la biodiversité comme les Zones Natura 2000, ou de l’eau comme les SAGE), mais c’est surtout un construit social, résultant des actions des acteurs.
Il y a une différence entre développement régional et développement territorial
Développement régional et territorial : les différences.
| Développement régional | Développement territorial | |
| Limites | Région : définition institutionnelle | Territoire : défini par l’action des acteurs locaux |
| Principaux acteurs | Acteurs productifs + pouvoirs publics | Différentes catégories de parties prenantes |
| Modalités de coordination | Concurrence entre firmes | Comportements concurrentiels et conflictuels |
| Types de politiques | Politiques macroéconomiques | Politique communale |
| Modes de gouvernance | Gouvernance multiniveaux | Gouvernance territoriale |
| Usages du sol | Planification macro | Exploitation et usage des sols locaux |
Dynamiques et temps des projets
A l’origine des projets de développement se trouvent les innovations de différents types : technologiques, organisationnelles, sociales et institutionnelles. Elles sont fondées sur les ressources locales ou bien importées, absorbées et refaçonnées localement.
Chaque nouveauté est susceptible de devenir une innovation et donc de contribuer au développement d’un territoire, mais toutes ne sont pas bien reçues ou appropriées. Seules les nouveautés adoptées par la société, la sphère économique privée et les pouvoirs publics peuvent être considérées comme de réelles innovations, pouvant contribuer au développement territorial.
Une typologie des innovations territoriales
| Innovations technologiques et organisationnelles | Innovations sociales et institutionnelles | |
| Innovations coopératives et concertées | produites par la coopération | Produites par la consultation |
| Innovations concurrentielles et conflictuelles | Produites par la concurrence | Produites par le conflit |
| Origines | Inventions | Nouveaux projets |
Le marché détermine l’adoption de l’innovation technologique, et la société contribue à l’acceptation de l’innovation sociale et institutionnelle, parfois au prix de modifications importantes du modèle initial.
En termes de gouvernance, la conjonction des volontés des parties prenantes donne naissance à la dynamique des projets coopératifs et conduit à la production d’innovations coopératives. Lorsque, au contraire, les dynamiques d’opposition et de séparation prévalent, l’absence d’accord général sur les types de projets conduit à la multiplication d’options opposées. Ces processus donnent naissance à des innovations conflictuelles et à de nouvelles voies de développement grâce à la modification des plans initiaux des acteurs privés ou publics ou à l’émergence de nouveaux plans. Les mécanismes d’exclusion peuvent contribuer à isoler des groupes particuliers d’acteurs et conduire à une ségrégation spatiale (ghettos, communautés fermées, etc.). Enfin, l’absence de solidarités et d’échanges peut provoquer un exit spatial, lorsqu’une partie importante des acteurs quitte le territoire, avec alors la possibilité d’anomie et d’abandon des terres.
Du côté de la production, les relations de coopération prennent la forme de projets communs, d’alliances et de réseaux. La concurrence n’est pas toujours exacerbée au niveau territorial. Dans les systèmes de production localisés, les entreprises combinent souvent relations de concurrence et de coopération, stratégies d’alliance ou d’opposition selon les fonctions concernées (R&D, production, marketing, etc.). Les délocalisations correspondent à une sortie du territoire qui peut impliquer toutes les fonctions d’une entreprise ou seulement une partie d’entre elles (transfert d’une étape de production, d’un procédé industriel…). Qu’il s’agisse d’un arrêt complet de l’activité ou de circuits complexes de marchandises provoqués par les chaînes de valeur internationales, elles entraînent une diminution de l’emploi dans le territoire d’origine.
Les chemins du développement
Les nouveaux processus de développement territorial reposent sur les innovations technologiques, sociales, institutionnelles et organisationnelles, en rupture avec les comportements routiniers reproduisant les pratiques antérieures. Les innovations initient des changements de trajectoires productives, sociales ou institutionnelles. Le développement territorial relève ainsi avant tout d’une mutation des mentalités, d’un changement des structures économiques et sociales et de la mise en œuvre de projets nouveaux. Fruit de compromis souvent laborieux, parfois longs et rarement égalitaires, il dépend de la qualité du processus de gouvernance territoriale, qui permet de sélectionner les innovations – consensuelles ou conflictuelles- et de mettre en place les projets pour le futur.